Consens et rayonne

Vous aurez lu ou aperçu tant et tant d’annonces sur les réseaux sociaux qui nous appellent, nous, les femmes, à briller, à devenir des vases d’honneur, des femmes de valeur, des reines, des princesses, des victorieuses… les superlatifs, les noms merveilleux ne manquent pas et, quoi qu’il en soit, ils ne seront jamais à la hauteur de la Vérité qui nous habite, de la couronne qui nous coiffe. Et puis, il y a nos vies avec parfois des champs de ruines, des masures pour demeures intérieures, des pertes et désillusions, des lassitudes… Et là aussi, les mots n’arriveront jamais à la hauteur pour décrire la douleur qui parfois traverse nos cœurs de femme. Alors, finalement, trompeuses promesses de Dieu, de la vie ? Nous pouvons, et cela est si féminin, partir en voyage dans le ciel azuré de l’idéalisation, regarder la vie en rose, dans la nostalgie d’un monde douillet.  En somme, nous construire un pauvre abri de fortune pour nos tempêtes intérieures. Nous pouvons spiritualiser nos vies à outrance (ne cherchez pas outrance sur une carte), dans une vision éthérée, où, bien sûr, tout est merveilleux, alléluia, Gloire à Dieu ! Un pays où les petits oiseaux chantent toujours, cui, cui les petits oiseaux !  Ou bien encore psychologiser nos vies, expliquant, décortiquant, analysant… une façon de garder le contrôle encore et toujours, à chacune son style de survie. Puis, il y a le RÉEL ! Un réel qui se laisse visiter, habiter, transfigurer par la Présence, l’adhésion, le consentement à l’Amour, un amour qui a déjà sauvé, racheté, gagné, transfiguré, glorifié toutes nos plaies ! Nous ne pouvons faire l’économie du réel, des chemins bien inconfortables qui nous sont proposés, car c’est précisément là, que nous rencontrons le Christ, qu’Il nous trouve, qu’Il nous rend libre de tous les évitements, les échappatoires, les mensonges, à nous aux autres, à Dieu…Wouhaou ! Thomas, certes, a douté, il voulait du concret, du réel, mais en attendant, il est bien le seul, à ce que nous savons, à avoir eu l’opportunité de toucher les plaies du Christ ! Grand privilège quand même ! À vouloir vivre en « vrai », il a touché la Vérité elle-même. En Jean 14, Thomas, grand explorateur du concret, insiste et demande à Jésus comment trouver ce Chemin et sa question entraîne la révélation, la rencontre : « Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. »  Jn 14: 16).

Une femme a voulu aussi toucher la Résurrection, Marie-Madeleine, mais la résurrection n’avait pas achevé son œuvre, il fallait encore que Jésus monte vers son Père.
Jésus lui dit : « Ne me touche (haptomai) pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. » Le terme grec pour toucher dit aussi : attacher, adhérer, s’accrocher à. « Certaines traductions vont dire » ne me retient pas », comme si Marie-Madeleine avait la possibilité de le retenir, il est vrai qu’elle l’a tant aimé.     L’Amour s’est fait chair afin que nous le voyions, le touchions, le rencontrions au cœur même de ce que nous avons à vivre et non dans ce que nous aurions aimé vivre ou rêver. Christiane Singer écrivait : « Chaque matin, les hommes et les femmes qui prennent soin de la parcelle du réel qui leur est confiée sont en train de sauver le monde, sans le savoir. » Oui, ils “sauvent” le monde, car ils se laissent sauver en cultivant leur jardin, ils deviennent lumière, phare dans la nuit du monde. Consentir au réel et s’y laisser rencontrer, là, dans l’état dans lequel nous sommes, avec ce que nous portons, perce mes ténèbres, réalise la promesse d’un possible divin dans l’impossible humain, prêche la puissance de l’amour, de la rencontre, et de la rédemption. C’est seulement à partir de là, que libérées de tout assujettissement, les situations alors s’illuminent et trouvent des solutions inattendues. C’est seulement à partir de là que nous commençons à briller, à rayonner… à devenir des vases d’honneur et que certains se demandent : ” mais quel est son secret ? “. Au cours de 20 années d’écoute, de tant et tant de femmes et de situations, j’ai vu maintes épouses vouloir convaincre et convertir leur époux, leur famille sans résultat, puis quand l’acceptation, l’abdication face à la résistance, l’abandon arrive enfin, enfin, enfin l’amour trouve l’espace pour faire son œuvre et toucher les cœurs. Combien disaient » si j’avais su… » Oui, mais nous ne pouvons faire l’économie du désert, de cette traversée de notre impuissance, de cette nudité, de cet abandon total qui signe le décret de notre adoption filiale qui éclaire tout. « Une voix crie : Préparez, au désert, le chemin de l’Éternel » Isaïe 40,3). C’est là, dans le désert, que Dieu parle à nos cœurs, que s’éveille l’émerveillement d’être tant aimées : l’amour est suffisant pour déplacer des montagnes.

« Va, et crie aux oreilles de Jérusalem : Ainsi parle l’Éternel : « Je me souviens de ton amour lorsque tu étais jeune, de ton affection, lorsque tu étais fiancée, quand tu me suivais au désert, dans une terre inculte. » Jr 2: 2

Si notre terre est inculte, continuons notre marche, cette procession, jusqu’à la Rencontre. Il y a en nous une part en exil de l’amour, une œuvre inachevée, tant que nous n’avons pas rencontré ce Père.  Mais voici la Bonne Nouvelle, une voix a crié dans le désert et nous sommes, désormais, baptisées d’eau, de sang et de feu, afin que la puissance de la Résurrection achève en nous ce qu’elle a commencé par la grâce de Dieu, avec notre consentement. Consentir au réel, s’y laisser trouver, sauver, réconcilier, transfigurer dans ton cœur de femme, est une arme balistique, un missile missionnaire de longue portée incomparable dans les mains de Dieu. Lève-toi et brille, Yala !