Eve, où es-tu ?

Vous connaissez tous le fameux tableau de Michaël Ange ! Nous y voyons le doigt de Dieu et celui d’Adam se rejoindre. Mais où est la femme ? À chaque fois que je pose cette question, la réponse est quasi constante : elle n’est pas là ! Je ne savais pas qu’il y avait une femme ! Pourtant, si vous regardez l’ensemble, Eve est bien là, mais dans les bras de Dieu ! Allez mes sœurs, n‘est-ce pas la meilleure place ? Il semblerait même que pour atteindre la femme, Adam doive d’abord toucher le doigt de Dieu ! Cela bien sûr dans la mesure où elle reste blottie dans Ses bras ! Eve, où es-tu ? Si dans la première alliance cette question est posée à Adam (Genèse 3, 9), elle résonne aussi à nos cœurs. Cette question est majeure. Je m’aventure dans un regard tout personnel pour nourrir notre méditation. Imaginez Eve face au serpent rusé et trompeur, elle chute, oui, mais face à l’Ennemi en personne, puis Adam, lui, à son tour, tombe, oui, mais face à la parole d’une femme. En un mot, Eve avait le maître du Mal face à elle, Adam, lui, l’élève du Maître… À chacun son style de désertion. Mais alors, il y aurait-il dans mon cœur de femme une puissance ? Celle de relier, d’unir, de rapprocher ! Nous comprenons les siècles d’oppression de la femme, comme l’agir d’une mémoire enfouie de cette puissance, un mauvais souvenir à conjurer. Et n’est-ce pas alors bouleversant ? En effet, si Adam suit le projet de l’ennemi « à travers » la femme, St Joseph va, lui, suivre le projet de Dieu à travers une femme, mais une femme pleinement blottie dans les bras de Dieu, Marie ! Wouhaou !

Et moi, où suis-je ?

C’est une bonne question à l’heure de la Passion. Sur le chemin de l’ultime offrande, les femmes sont là, fidèles jusqu’au bout, pleines de leurs sanglots, de leur douleur amoureuse : elles ont beaucoup aimé à l’heure du grand désamour. Le père Cantalamessa dans son homélie du vendredi saint 2007 dit : « Pourquoi les femmes ont-elles résisté au scandale de la croix ? Pourquoi lui sont-elles restées proches alors que tout semblait fini et que même ses disciples les plus proches l’avaient abandonné et organisaient le retour chez eux ? » Où suis-je, moi, dans les Passions de ma vie, de mes amies, de la société, de l’Église… ? Dans quels bras ai-je trouvé refuge ? Lorsque Dieu, après la grande catastrophe, vient dans le jardin et interroge l’homme et la femme, l’homme répond qu’il a eu peur, quant à Eve elle avoue sans détours ; « Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé ». Il savait bien, le rusé, que là où est la femme est l’enfantement, qu’elle relie, qu’elle rassemble, qu’elle distribue ce qu’elle porte, qu’elle nourrit. Sa stratégie fut bien diabolique, celle du « dévoreur » comme le nomme si bien la langue araméenne. Alors à mon tour, je me pose la question : qu’est-ce qui me séduit ? Quoi, qui prend la première place dans mon cœur de femme ? L’enjeu est immense ! Les conséquences sont énormes ! Tu es importante pour Dieu ! Tu peux le dire à voix haute : « Je suis importante pour Dieu, pour les affaires du Royaume de Dieu, sur la terre ».

« Qu’il me donne les baisers de sa bouche : meilleures que le vin sont tes amours ! Délice, l’odeur de tes parfums ; ton nom, un parfum qui s’épanche : ainsi t’aiment les jeunes filles ! Entraîne-moi : à ta suite, courons ! Le roi m’a fait entrer en ses demeures. En toi, notre fête et notre joie ! Nous redirons tes amours, meilleures que le vin : il est juste de t’aimer ! »(Cant 1 2 4)

Mais si la femme est fidèle face aux bras étendus du Crucifié, elle est aussi là lorsque ces mêmes bras vont enlacer l’humanité dans le triomphe de la Résurrection, la première à célébrer le Ressuscité. Tout au long des évangiles nous entendons à plusieurs reprises Jésus envoyer des hommes « Allez, faites des disciples » ou « va et… » mais jamais à une femme, si ce n’est aux femmes de la Résurrection, à celles qui ayant déchiré dans leur vie le voile aveuglant de toutes les fausses séductions, sont la première humanité à contempler le Salut : « “Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront”” (Mt 28, 10). » Elles courent alors vers tous les « Adam » de la terre, pleines de ce « ne craignez point… ». Encore une fois, à nouveau, elles sont missionnées, envoyées, pour partager, rassembler, unir… Comment ne pas imaginer Eve pleurant de joie dans les bras de Marie-Madeleine ? Comment ne pas m’imaginer moi-même pleurant de joie dans les bras du Ressuscité ? Et chérir cette place dans les bras de Dieu plus que tous les ailleurs ? Voilà, c’est ce qui se passe en moi lorsque je me laisse sauver, innocenter, réconcilier…

Yala ! Courage ! Fille de Dieu, aucune de tes douleurs n’a échappé à Sa douleur, Sa passion a visité toutes tes passions.  Il s’est donné lui-même à boire et à manger, afin que maintenant tu puisses en regardant le Père lui répondre : « Il (le Christ) m’a séduite et j’ai mangé », « eucharistiant » ton cœur de femme.

Puissions-nous vivre cette Passion 2022 dans le feu de son amour, dans la brûlure de son intimité et nous laisser séduire et conduire au jardin du Ressuscité. Rendez-vous au pied de l’arbre de Vie et en bonne maîtresse de maison partageons le fruit à tous les affamés.