L’avant-dernier mot du Diable

« Tressaillez de joie, même s’il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l’or (cet or, voué pourtant à disparaître, qu’on vérifie par le feu). Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus-Christ, lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; et vous tressaillez d’une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut, qui est l’aboutissement de votre foi ». (1 Pierre 1 6-9)

En cette période nous sommes toutes challengées sur l’espérance, la joie, la foi, la paix… et tous les bons fruits d’une vie ancrée en Dieu. Alors que je me réveillais assaillie de pensées douloureuses due à une épreuve de vie (que celui qui n’en a pas levé le doigt), j’entendis là, tout au fond de mon cœur, une petite voix si réconfortante : « C’est juste l’avant-dernier mot du Diable, mais le dernier mot est à Dieu ». Tout d’un coup la perspective changea, je laissai entrer en mon cœur un tout autre regard qui se jetait au loin d’un horizon déjà là : le mal est provisoire, le Bien est éternel. Ha, qui ne souffre de presbytie spirituelle quand tout semble perdu ? De près, tout se brouille, nous n’y voyons plus rien, ou plutôt, nous sommes fixées sur l’avant-dernier mot du Diable.

Après avoir remis sa vie entre nos mains à la crèche, Jésus remet son esprit, à la Croix, entre les mains du Père. La Croix était l’avant-dernier mot du Diable. Jésus dé pouillé de tout permet à Dieu de dépouiller l’enfer, c’est le dernier mot du Père. Son ultime Parole a été : « Père entre tes mains je remets mon esprit ». Le piège de nos épreuves, de cette grande épreuve pandémique, est de ne plus s’attendre au dernier mot de Dieu : « Résurrection ». Chaque matin, nous pouvons remettre notre esprit entre les mains du Père et nous attendre à voir la puissance de sa Résurrection, croire sans voir nous assure alors de voir un jour ce en quoi nous croyons et d’avancer le cœur joyeux et confiants ! (Pause). Prenons soin aussi de notre myopie spirituelle, ou quand tout ce qui vient au loin se brouille ne fixant que le mal immédiat, (cela ne dit pas que nous le nions) comme le serpent qui cherche les yeux de sa proie pour mieux l’hypnotiser. Ces ajustements se font quand nous déposons tout en Lui. Mais comment faire ? Lui faire de la place ! Nous passons trop de temps à vouloir être à la hauteur, bonnes, saintes…. Alors que Dieu seul est bon, Dieu seul est saint… en nous, s’Il trouve cet espace, comme une crèche.  Mais avouons-le, nos pensées, nos jugements, nos attentes combattent Dieu, toutes sortes de voix aboient en nos cœurs et nous nous retrouvons impuissantes tant que nous les combattons face à face, n’est-ce pas ? Alors c’est la vulnérabilité, l’aveu d’impuissance, qui nous libère et laisse cette place à Dieu, à sa bonté, à sa sainteté… à Sa Résurrection, au dernier mot de Dieu ! « Père, entre tes mains je remets mon esprit », en un mot pour nous, c’est le moi qui abdique, se rend, dépose ses armes. À notre tour, dépouillées, soyons sûrs que le Père dépouillera tous nos enfers. Notre maître est un nourrisson allongé à la crèche, livré, abandonné aux mains d’un homme et d’une femme. Comment en contemplant cette innocence, bientôt crucifiée puis Ressuscitée, ne pas nous abandonner à notre tour ?

« Dieu est Dieu parce qu’Il n’a rien et ne peut rien avoir. Dieu est Dieu parce qu’Il est incapable de ne rien dominer, parce qu’Il ne peut que se donner ». Maurice Zundel.

Plus que jamais, au cœur des circonstances actuelles, nous allons nous agenouiller au pieds de cet enfant divin, et comme les bergers, contempler à l’horizon de cette crèche, le dernier mot du Père :