Recouverte de son Ombre

Vous connaissez certainement ce passage du Livre d’Osée 2 : « C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur… En ce jour-là – oracle du Seigneur –, voici ce qui arrivera : Tu m’appelleras : « Mon époux » et non plus : « Mon Baal » (c’est-à-dire « mon maître »). Le Carême nous invite à la Noce, la nudité du désert à celle de notre âme, en vue de revêtir la robe des épousailles. Vous voyez, c’est vraiment une excellente nouvelle ! C’est pourquoi, Jésus nous demande de ne pas avoir de mines déconfites, mais de nous parer, comme une prophétie des choses à venir. C’est dans cet élan amoureux et joyeux que nous passons cette porte du Carême, avec le monde entier dans le cœur, les guerres, les famines, les délaissés…

Quel est le vin qui manque à notre noce ? Quel est ce vin nécessaire à notre joie évangélique ? Quel est le vin qui nous manque, qui manque à notre prochain, qui manque à notre monde ? Est-ce la vérité ? Est-ce la justice ? Est-ce la sagesse ? Est-ce la foi ? Est-ce la tolérance ? Est-ce l’espérance ? Est-ce le silence ? Est-ce la confiance ? Est-ce la simplicité ? Est-ce le pain quotidien pour tous ? Est-ce le respect ? Est-ce la bienveillance pour autrui ? Est-ce la glorieuse bonté… Ou bien, sommes-nous si repus que nous ne vivons, ne sentons plus le manque ? À Cana, une femme veille à ce que rien ne manque à la Noce. Jésus alors lui demande « Femme, que me veux-tu ? » Ce « Femme « embrasse, embrase toutes les femmes, et parvenant à nos cœurs, nous interroge : que demander à Jésus, ou plutôt quelle est la largeur et la profondeur de nos aspirations ? Se limitent-t-elles à nos besoins personnels et familiaux ou notre cœur brûle-t-il pour l’Amour, pour nos frères et sœurs, pour ce monde ? En un mot pour que les plans et les bénédictions de Dieu puissent se déverser comme un torrent. Seigneur, nous consentons à l’élargissement de nos cœurs au cours de ce carême.

Mais cet élargissement de nos entrailles, cette mise à jour de la Compassion et de la Miséricorde passe d’abord par le feu en nous-mêmes, là, dans la chambre secrète, au boudoir de nos âmes féminines.  

La transformation de l’eau en vin se fait à l’ombre des regards, dans la discrétion d’un abri de service, d’une foi sans défaillance de Marie, elle-même couverte de l’ombre du Puissant. Ce qui s’accomplit de manière si discrète et mystérieuse va manifester la Gloire et libérer la foi.

C’est aussi l’éducation du désert : la quête de Son Ombre, de sa nuée. La désirons-nous ? Désirons-nous laisser Jésus visiter la vielle femme en nous, la conduire de l’esclavage aux épousailles ?  C’est par le désir et la séduction que le Serpent entraîna Eve, c’est par le désir et la séduction que Jésus te conduit pour un baiser brûlant. En effet, en hébreu, le mot « désert » (Midbar) veut aussi dire « bouche », mais ce rapprochement appelle en nous un consentement : Plus de toi Saint Esprit, je te désire plus que tout ! « Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. » (Luc 11, 13). Viens Esprit Saint sur tes filles, recouvre-nous de ton ombre, nous voulons être tout entière pour toi Jésus, veillantes et vaillantes en nos âmes sur les brèches du monde et de tous les baals de notre humanité.